Pour S un sein absolument magnifique en 2017

 

Cela fait un an que je me suis fait opérer. J’ai eu la chance de pouvoir bénéficier d’un DIEP. Aujourd’hui je me sens prête à raconter mon parcours.

Mai 2017 la nouvelle d’une récidive est forcément difficile à digérer. Mais je n’ai pas le choix je dois retourner voir le chirurgien. Immédiatement il me dit qu’il faut retirer cette tumeur en urgence. Jusque-là pas de surprise, c’était évident. Pendant que je me rhabille il me dit que je dois réfléchir à la suite. Mais quelle suite ? Il me dit que la tumeur étant placée au même endroit que la première fois il serait peut-être plus prudent de faire une mastectomie. MASTECTOMIE, voilà, le mot est lâché. Mais pour l’instant le plus urgent est la tumorectomie. La semaine suivante je suis donc opérée et on me retire la tumeur.

Lors d’un contrôle avec le chirurgien quelques jours plus tard nous abordons le sujet délicat. Il me redit que la mastectomie est probablement la meilleure solution pour moi et qu’il existe aujourd’hui des techniques pour la reconstruction. Il me parle du DIEP. Je n’en ai jamais entendu parlé. Il m’explique rapidement et me conseille de consulter à l’HEGP. De retour à la maison je m’empresse de rechercher des informations sur internet. Je tombe sur le site de l’association R.S. DIEP. L’association organise une réunion d’information sur Paris,  je m’y inscris. En attendant cette réunion les questions se bousculent. Je m’inquiète de l’esthétisme et de l’après opération. Des questions qui reviennent sans cesse, de jour comme de nuit. Le jour de la réunion arrive et  c’est un peu inquiets mais aussi curieux que nous nous rendons à cette réunion.

Les explications des bénévoles nous rassurent. Nous sortons rassurés mais conscients que c’est quand même un « gros truc ». Je vois le Professeur L très peu de temps après. Nous rentrons à la maison en sachant que je vais y aller. Quelques semaines plus tard rendez-vous est pris. Je serai opérée le 10 novembre soit dans 7 semaines.

C’est long 7 semaines quand on attend. Je suis à la fois pressée d’en finir et à la fois angoissée. J’ai peur de l’opération mais surtout j’ai peur du résultat. Est-ce que mon sein va ressembler à un sein ? Est-ce que je vais avoir des sensations ? Est-ce que ce nouveau sein va me plaire ? J’ai toujours eu une poitrine généreuse et j’ai peur de ne plus avoir une symétrie et de me sentir mal dans ma peau. Et si l’opération ne marchait pas, quelle solution serait possible ? J’arrive à la veille de mon opération avec toutes ces questions. Malgré les réponses du professeur j’ai la trouille. Je fais ma valise et là l’angoisse monte. J’envoie un mail à l’association pour poser une question et Christine me rappelle immédiatement. Je lui fais part de mes angoisses et en quelques mots elle m’apaise.

J’arrive à l’hôpital et là tout s’organise. Prise de sang, marquage, visite du chirurgien tout va très vite.  Le lendemain matin de bonne heure je descends au bloc. Il y a beaucoup de monde. 8 heures après je me réveille en salle de réveil. Je suis branchée de partout. Je pourrai soulever ce drap et regarder mais je ne suis pas prête.  Tous les ¼ d’heure l’infirmier me fait un doppler pour vérifier si le lambeau va bien. Le professeur L vient me voir et me dit que tout s’est très bien passé. Puis deux internes passent me voir. Ils me demandent si le professeur m’a annoncé la bonne nouvelle. Je ne vois pas de quoi ils parlent. Ils m’annoncent qu’ils ont réussi à me conserver l’aréole et le mamelon. Je pleure. Je laisse enfin couler les larmes que je retenais depuis des mois. Une heure après mon réveil je soulève le drap. Je vois le lambeau et mon sein. Je ne suis pas mécontente de ce que je vois  mais j’ai du mal à imaginer le résultat final.  A 22h00 je retrouve ma chambre. Pour l’instant je ne sens rien. La nuit est un peu compliquée. Le contrôle par doppler tous les ¼ d’heure m’empêche de me reposer.

Au petit matin j’ai mal partout. J’ai l’impression qu’un camion m’a roulé dessus. Bizarrement je n’ai pas mal au sein. Les contrôles s’espacent, ils ont lieu toutes les ½ heure puis toutes les heures. J’ai bien enregistré que les 48 premières heures étaient déterminantes  pour la greffe. Alors que je vais plutôt bien malgré les courbatures je suis inquiète pour cette greffe. Le bruit du doppler pendant les contrôles reste encore aujourd’hui un son particulier pour moi. Avant l’opération j’associais ce son à celui du monitoring quand on est enceinte. Maintenant quand je l’entends dans un film par exemple c’est le souvenir du doppler qui resurgit en premier ! Une fois les 48 heures passées je commence à souffler. Le sein n’est pas douloureux, la cicatrice du ventre ne me fait pas souffrir non plus, le personnel soignant est au top.  En résumé je vais bien. J’ai des courbatures et c’est tout. Je commence à tourner en rond dans ma chambre. Pas pratique avec les drains mais c’est un coup à prendre. Le résultat me bluffe. J’ai forcément le sein gonflé mais je le trouve beau. Oui oui ça peut surprendre mais je le trouve vraiment beau. Il y a certes le lambeau mais sa forme est belle, la cicatrice est super fine et belle alors oui mon sein est beau. Le 5ème jour on me retire le dernier drain et on m’annonce qu’un retour à la maison est possible. Le 6ème jour je rentre chez moi avec des soins tous les jours évidemment.

Je ne cours pas, ça c’est sûr, mais je marche correctement et lentement. A la maison je reprends mes repères. Pendant les 2 premiers jours je me suis efforcée à rester allongée le plus possible. Très vite une vie quasi normale a repris en évitant de soulever des charges lourdes ou de faire de grands gestes. Toutes les semaines je retourne à l’hôpital pour un contrôle. 5 semaines après je remets des soutiens gorges. C’est pour moi un signe très positif. 6 semaines après l’opération je suis de retour au travail. Je revois le chirurgien qui m’annonce 6 mois après l’opération que nous pouvons passer à la dernière étape purement esthétique. J’attendais cette étape avec impatience. Cette opération va se faire en ambulatoire. C’est incroyable, je ressors avec un sein absolument magnifique.

Aujourd’hui je veux témoigner pour dire aux femmes que la mastectomie aujourd’hui peut être envisagée sans forcément une perte de féminité. Certaines choisissent de ne pas se faire reconstruire, leur choix est totalement légitime mais pour celles qui ont peur de la perte d’un sein le DIEP, quand il est possible, peut être une belle opportunité. Je n’ai jamais regretté ce choix ni juste après l’opération ni maintenant. Mon sein est beau, ma poitrine est toujours aussi généreuse et je me sens bien dans mon corps et dans ma tête. Alors oui j’ai eu des courbatures pendant 3 jours, oui j’ai eu la frousse pendant quelques jours mais franchement le résultat me fait oublier ces quelques jours un peu pénibles. L’équipe médicale y est pour beaucoup mais je garde une place particulière pour les membres de l’association qui ont été présentes quelques semaines avant mon intervention mais aussi quelques heures avant le jour J. Et c’est avec plaisir que je les ai retrouvées quelques semaines après. Elles étaient encore là pour informer des femmes en recherche d’informations, de conseils, de réconfort et moi je venais voir pour la dernière fois le professeur. J’ai quitté cet hôpital que j’avais découvert quelques mois plus tôt par le biais de l’association et j’ai mesuré à ce moment-là le chemin parcouru et la chance d’avoir pu bénéficier de cette intervention.

Témoignage de S reçu en mars 2019.